ARMENIE

«  Quel était l’emplacement du Paradis, jardin de l’orient, séjour de paix et de félicité, patrie de l’homme, le lieu où il goûta à l’arbre du mal et d’où il fut banni, ou plutôt, d’où il s’exila lui-même… Il faudrait le situer plutôt dans les Alpes d’Arménie, au nor de la plaine mésopotamienne… Enfin, il ressort de nos investigations que c’est dans la tradition des peuples que s’est conservée la mémoire de l’emplacement du Paradis en un lieu déterminé » Thomas Mann, Joseph et ses frères ; Les histoires de Jacob.

Si l’Arménie est envisagée comme une des localisations possibles de l’Eden, elle est aussi une citadelle perchée dans le massif montagneux du Petit Caucase, située dans une zone de contact tectonique : « En créant le monde, Dieu a déversé de la terre et des pierres à travers un immense tamis. La terre molle est tombée d’un côté et les pierres, de l’autre : exactement là où se situe l’Arménie d’aujourd’hui » (Légende arménienne). L’Arménie se définit donc comme « le pays des pierres » et, bien sûr, celui d’une montagne, l’Ararat, borne du paradis terrestre, dépositaire de l’Arche de Noé, l’ami, le compagnon fidèle qui veille sur la destinée du peuple arménien. Ainsi, le milieu naturel est chargé de symboles.

Les rapports entre les êtres vivants (notamment l’homme) et le territoire sont complexes, surtout si on considère l’action et la présence de l’homme sous le double aspect de ses exigences matérielles et spirituelles.   
 

L’architecture rupestre sera, sur le sol arménien, étroitement liée aux « caractéristiques d’éternité » de la pierre, donnant une nouvelle ampleur à l’existence même de l’homme qui tente depuis toujours de vaincre sa propre caducité. Que l’on songe au Khatch’kars ! A vrai dire, les structures creusées n’abondent pas en Arménie (monastère de Geghard, Bibliothèque de Haghbat, ensemble de Spitakawor). Et pourtant, ne pourrait-on pas souligner que, d’un point de vue conceptuel, toute l’architecture arménienne, par la technologie mise en œuvre, par le parti volumétrique compact et massif des extérieurs (monolithe construit), paraît rupestre ?

 

Songeons encore une fois aussi bien aux valeurs symboliques qui en découlent (immortalité en tant que matérialisation de l’idée du divin) qu’aux liens qui se nouent encore avec le territoire (comparons les flèches des églises arméniennes au grand cône de l’Ararat).

 

Ces propositions conceptuelles et symboliques transparaissent également à travers le choix des formes architecturales qui tendent à préférer la simplicité et la clarté. C’est une simplicité qui, à l’extérieur surtout, se traduit par une sorte d’«hermétisme architectonique ». Autre symbole important : l’arbre.

Il ne fait aucun doute que les caractéristiques distinctives du lieu (climat, altitude, matières premières, ressources naturelles) incitent l’homme à faire des choix précis pour son existence. Tout d’abord, nous avons déjà souligné l’idée de jalon que constitue l’Ararat, prenant de nombreuses significations symboliques et sacrées, tout comme l’Olympe ou le Fuji-Yama. L’Ararat est non seulement un point de repère indispensable, mais aussi un « signe » sacré et une architecture magique. D’autre part, l’origine géo-mécanique de la région est la conséquence de l’engagement de la plate-forme russe au nord et de la plate-forme asiatique au sud. Le territoire arménien est changeant : plutôt accueillant et doux, mais parfois sauvage et âpre. Séculaire lieu de passage et de rencontre entre l’Orient et l’Occident. Lieu de passage des grandes routes commerciales, celles de la soie ou des épices.

 

Mais un fait demeure des plus intéressants : le type de rapport liant l’homme au territoire et qui, dans le cas spécifique de l’Arménie, semble aller au-delà du pur aspect mécanique. Ce rapport attribue au milieu « construit » une série de significations. Métaphysiques, elles chargent certains éléments naturels particuliers de valeurs symboliques.

 

Ainsi, la nature n’est plus considérée comme une simple source de matières premières ou comme un refuge élémentaire ; elle devient la concrétisation d’une idée et d’un symbole.

Celui-ci, notoirement d’une grande importance dans le monde de l’Antiquité et dans ses religions, est rattaché au concept de l’immortalité (l’Arbre du Bien et du Mal biblique, « l’arbre sacré » de la religion védique, l’hom, la plante du culte zoroastrien). On songe également au culte ourartéen des arbres et à la façon dont, aujourd’hui encore, la piété populaire arménienne tend à sacraliser les arbustes et les buissons aux alentours des lieux de culte en fixant à leurs rameaux des lambeaux de vêtements ou de tissus colorés, signes de commémoration ou d’ex-voto.

 

Une référence encore plus évidente nous est offerte par le phénomène artistique et symbolique des Khatchk’ar arméniens et leur rapport précis avec la tradition des arbres de vie, qu’on retrouve dans des cultures limitrophes, géorgiennes et seldjoukides. Ce balancement incessant entre des choix symboliques et irrationnels ou mathématiques et logiques semble être une des caractéristiques de la culture arménienne. D’ailleurs, on la retrouve dans la création contemporaine (photos, arts plastiques).

 

L’art arménien s’est identifié très tôt avec son territoire et sa religion, intimement unis ou, aujourd’hui, parfois, discutés. Cette notion fait naître toutes les formes d’expression présentes. L’idée de paysages englobe, évidemment, le paysage mental ou, du moins, la projection de l’artiste par rapport à cette continuité ou à ces métamorphoses. Dans la création contemporaine arménienne, continuité n’est pas synonyme d’immobilité culturelle ni d’imitation servile de coutumes ni de traditions.

 

Bien sûr, il y a une continuité dans l’art contemporain arménien puisqu’il existe quelque chose à quoi se rapporter, mais, en tant qu’êtres conscients, les artistes arméniens proposent un choix mûri, et une position attentive de lecture de la réalité,

La société et la culture arméniennes ont vécu une transformation socio-économique radicale, permettant à ce pays d’exister en tant qu’état et pas seulement en tant qu’unité culturelle et en tant que peuple.

 

Que propose l’art contemporain arménien dans cette conjonction du mythe, de l’actualité et de l’identification avec le territoire, cette dernière, objet de changements sensibles. Alors que le fait urbain est très ancien en Arménie, il n’y avait pratiquement pas de villes sur le territoire qui est devenu la République soviétique d’Arménie en 1920 ; actuellement, plus de 65 % de la population vit en ville. Nouvelle thématique : ville macrocéphale, comme Erevan, friches industrielles du passé soviétique, panneaux publicitaires prouvant l’explosion de la fonction commerciale de la capitale.

 

Les multiples contacts et les liens séculaires avec le monde occidental ont permis l’éclosion d’un art qui, par certains aspects, garde l’élément « signes-symboles », caractéristique la culture arménienne. Ils ont aussi entraîné l’artiste arménien à sortir de la production d’« objets mémoriaux ».

 

Entre mythe et histoire, l’Arménie est une terre de culture. Civilisation séculaire, enrichie au contact des mondes grecs et persans, entre autres. Terre volcanique aux paysages grandioses, territoires verdoyants du nord, étendues infinies du lac Sevan,le pays offre des panoramas saisissants.

Alain Navarra-Navassartian, organise régulièrement  des voyages, des conférences et des rencontres pour mieux faire découvrir ce pays et sa culture. Grâce à des visites d’ateliers d’artistes contemporains, des dialogues avec des associations oeuvrant dans le domaine social et avec des acteurs de la vie culturelle, est démontré que la création arménienne est une réalité qui se perpétue.

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